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Art culinaire : quel est son nom exact ?

Chef professionnel en cuisine moderne dressant un plat gourmet

La gastronomie figure souvent parmi les arts, mais sa place exacte dans leur classification reste sujette à débat. L’expression « dixième art » attribuée à la cuisine n’a jamais été officialisée par une académie ou une institution culturelle de référence. Selon les époques et les pays, la hiérarchie des disciplines artistiques varie, bouleversant régulièrement l’ordre établi.

Certaines traditions culturelles intègrent la cuisine aux arts appliqués, tandis que d’autres l’écartent des catégories reconnues. Aucun consensus international n’impose une nomenclature définitive. Cette situation soulève des interrogations quant à la reconnaissance de l’art culinaire face aux formes plus classiques de création.

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Où se situe l’art culinaire dans la classification des arts ?

Évoquer la classification des arts, c’est ouvrir la porte à des visions opposées, parfois irréconciliables. Pendant longtemps, la cuisine a été tenue à l’écart des beaux-arts, ces disciplines jugées « majeures » comme la sculpture, l’architecture ou la peinture. Les traités classiques la reléguaient volontiers dans la catégorie des arts mécaniques ou des arts appliqués, loin de la reconnaissance accordée aux arts plastiques ou arts visuels.

Pourtant, les temps changent. La gastronomie se fraie désormais un chemin dans le cercle des disciplines créatives, portée par la vitalité des chefs et un regard renouvelé sur le patrimoine culinaire. Les frontières entre science alimentaire et geste artistique se brouillent. Certains spécialistes invitent même à repenser le paysage artistique, en intégrant la cuisine dans les domaines d’expression contemporaine. En revanche, aucune institution mondiale ne lui a officiellement attribué le rang de dixième art. Cela n’empêche pas la France, notamment, de valoriser cette pratique : le repas gastronomique a été inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2010.

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Aujourd’hui, cuisiniers et chefs prennent la parole pour revendiquer un lien étroit avec les artistes plasticiens. Leurs créations explorent la matière, la couleur, la composition, et s’inscrivent dans l’instant, tout comme les œuvres d’art contemporain. À Paris, des musées et galeries ouvrent leurs murs à des performances culinaires. Les frontières s’effacent, et la place de la cuisine dans la classification des arts mérite d’être repensée.

Les différentes appellations de l’art culinaire à travers l’histoire

La cuisine se raconte d’abord à travers ses mots. Dès l’Antiquité, les premiers livres de cuisine, à l’image du Libellus de arte coquinaria, témoignent d’une ambition créative. Au Moyen Âge, le maître d’hôtel prend le relais de la figure du chef cuisinier d’aujourd’hui. Les recettes se transmettent dans les manuscrits, portées par des noms qui résonnent encore : Pierre de Lune, Taillevent et son Viandier, véritable repère pour des générations de cuisiniers.

Avec la Renaissance, puis l’époque classique, la gastronomie prend de l’ampleur. Les livres de cuisine deviennent des références, publiés plus tard par des éditeurs comme Gallimard ou Flammarion. Au XIXe siècle, Marie-Antoine Carême bouleverse le vocabulaire professionnel : il impose le titre de chef de cuisine, tandis qu’Auguste Escoffier codifie les spécialités comme chef pâtissier ou chef boulanger. Le langage façonne la hiérarchie et reflète la spécialisation croissante dans les cuisines.

Au fil du temps, l’expression art culinaire s’impose. Là où la gastronomie désigne l’ensemble de la culture du « bien-manger », l’art culinaire met en avant la créativité et la maîtrise technique. De François Pierre de La Varenne à Urbain Dubois, chaque génération invente ses propres mots, qui racontent à leur façon l’évolution des pratiques et des savoir-faire.

Quand la gastronomie dialogue avec les autres formes d’art

La gastronomie ne se développe jamais isolément. Dès la Renaissance, elle s’est tissée de liens féconds avec les arts plastiques et visuels. Le restaurant gastronomique devient parfois un espace d’exposition, où chaque plat est pensé comme une composition, avec son architecture propre, sa palette de couleurs et sa géométrie. La table se fait scène, le service, performance.

Les chefs d’aujourd’hui repoussent les frontières grâce à la cuisine moléculaire ou à des jeux de textures, donnant naissance à des expériences sensorielles qui marquent les esprits. Les concours et expositions culinaires révèlent une inventivité débridée, comme lors de certains salons à Paris, où la gastronomie tutoie l’art contemporain. Certaines œuvres, à l’image des installations d’Emile Bernard, intègrent la nourriture et la présentation visuelle dans une démarche artistique assumée.

Ce croisement s’étend également à la musique. Certains chefs élaborent leurs menus comme on composerait une partition : chaque plat, une variation, chaque ingrédient, un accord. La table, en France et ailleurs, devient alors un espace d’expression, un point de convergence entre gestes, matières et formes, à l’intersection des arts et des cultures.

Table élégante avec plats internationaux et épices

L’art culinaire, reflet des sociétés et vecteur culturel

La cuisine française s’est façonnée au fil des siècles, portée par l’histoire et la diversité des régions. À Versailles, sous Louis XIV, la table servait de scène au pouvoir. Les banquets de la cour, savamment orchestrés, mêlaient organisation rigoureuse et innovation, incarnant un art de vivre exporté bien au-delà des frontières françaises. Avec la transition du XVIIIe siècle au XIXe siècle, la gastronomie française s’impose comme une référence culturelle, que l’on retrouve des salons de Saint-Germain-en-Laye aux cuisines de Provence ou de Normandie.

Voici quelques exemples qui montrent comment la gastronomie façonne les sociétés :

  • Organisation du service et des repas sous l’Ancien Régime
  • Créativité des chefs qui font évoluer les codes et les goûts
  • Tendances culinaires influencées par les échanges commerciaux et les découvertes

La table ne se réduit plus à nourrir. Elle devient le reflet de la culture, révélant les rapports sociaux et les aspirations collectives. Les analyses de Pierre Bourdieu éclairent cette réalité : l’art culinaire structure les distinctions, forge les appartenances. À chaque époque, de nouveaux termes culinaires apparaissent, du banquet romain aux brasseries modernes, marquant les évolutions de la société.

L’innovation continue, portée par la diversité régionale et le renouvellement des pratiques. Chaque génération invente ses propres rituels, enrichissant un patrimoine commun. La gestion des cuisines et l’organisation du service ne relèvent jamais du hasard, mais traduisent une certaine vision du monde, entre mémoire et nouveauté.

Qu’on l’appelle art culinaire, gastronomie ou simplement « cuisine », cette discipline poursuit inlassablement sa route, oscillant entre tradition et audace. La prochaine révolution aura peut-être lieu là où on l’attend le moins : dans l’assiette d’un enfant, sur la table d’un bistrot, ou à la carte d’un musée.

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